Noël 2016

« Chers tous,
pendant le temps de l’Avent les matines de l’ermitage débutent avec le psaume 85, un psaume qui est né au moment du retour des Juifs de leur exil à Babylone. Et chaque matin les images de notre monde ensanglanté se mêlent aux paroles du psalmiste.

Ta complaisance, Seigneur, est pour ta terre,
cette terre, car il n’en est pas d’autre…
tu fais revenir les captifs de Jacob ;
tu lèves les torts de ton peuple,
mais y a-t-il un peuple qui ne soit pas ton peuple ?
tu couvres toute sa faute.
Vraiment toutes ses fautes?
Même l’attentat de Berlin?
Et l’assassinat collectif de la ville d’Alep ?
Et nos lâchetés, pires que tous les crimes?

Tu retires tout ton emportement,
tu reviens de l’ardeur de ta colère.
« La fureur de l’homme te célèbre », chantait le psalmiste, et cependant une inquiétude travaillait les prophètes des temps anciens : les colères de l’homme sont-elles vraiment l’expression de la colère de Dieu?
Quoiqu’il en soit de ce doute, Israël vécut l’exil à Babylone comme une punition de ses fautes passées.

Fais-nous revenir, Dieu de notre salut,
apaise ton ressentiment contre nous !
Seras-tu pour toujours irrité contre nous,
garderas-tu ta colère d’âge en âge ?
Encore aujourd’hui beaucoup s’interrogent sur ce qu’ils ont fait pour mériter tant de désastres… et certains pensent vraiment que nous nous les sommes mérités…

Quelle que soit la réponse à cette interrogation, l’espérance que nous offre le psaume m’apparaît tellement plus profonde et décisive :
Ne reviendras-tu pas nous vivifier,
et ton peuple en toi se réjouira ?
Fais-nous voir, Seigneur, ton amour,
que nous soit donné ton salut !

Une seule condition est posée : l’écoute.
J’écoute. Que dit Dieu ?
Ce que dit le Seigneur, c’est la paix
pour son peuple et ses amis,
pourvu qu’ils ne reviennent à leur folie.
Toi, Seigneur, tu nous parles de paix, quand pour nous c’est la guerre !
Ou peut-être que nous ne la voulons pas, la paix ?
Ta promesse va tellement plus loin et plus haut que nos attentes !

Proche est son salut pour qui le craint, et la Gloire habitera notre terre.
La « Gloire », c’est-à-dire Lui-même…
Le psalmiste comprenait ce qu’il écrivait ? Pas jusqu’au bout. Pas totalement. Mais cela n’a aucune importance, parce que, en vérité, Seigneur, « tu as surpassé ta réputation dans l’accomplissement de tes promesses ».

Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent ; Deux couples d’opposés…
L’amour n’est-il pas aussi miséricordieux que la vérité est rigide (ou même violente) ? Et la paix semble tellement autre que la justice ! Le combat pour la justice n’est-il pas l’exact opposé de la « tranquillitas ordinis », ainsi que saint Augustin définit la paix ?
Mais voilà, le salut tient précisément à la réconciliation de l’amour avec la vérité, de la paix avec la justice. Amour de la vérité et, surtout, vérité de l’amour ; paix dans la justice et juste paix.
Vérité germera de la terre, et des cieux se penchera la Justice ;
Encore un autre paradoxe de la gloire ! La vérité n’est-elle pas transcendante et la justice immanente ? Et voici que nous découvrons que la vérité de Dieu naît d’en bas… tandis que sa justice n’est pas le fruit de discussions et de compromis humains.

Le Seigneur lui-même donnera le bonheur et notre terre donnera son fruit ;
Le bonheur ? Mais est-il un autre bonheur que Lui ?
Fruit de la terre et don du Père des lumières est le Christ Seigneur.

Justice marchera devant lui et de ses pas tracera un chemin.
Tel est le vœu que je formule en ce Noël 2016 :que chacun d’entre nous puisse accueillir ce Don, malgré Alep, Berlin ou Paris – ou plutôt à cause d’elles. Parce que Dieu est avec nous et que la justice et la paix préparent ses sentiers. »
Frédéric